Garde-à-vous !

" Chacun de nous a sa blessure : j'ai la mienne.

Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne,

Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant

Où l'on peut voir encor des larmes et du sang ! "

Cette tirade de Roxane pour Cyrano  résume à elle seule l’esprit du livre et ce besoin impérieux qui m’a poussé à écrire « Garde-à-vous ! »…

J’aurais pu aussi, à l’instar des aphorismes qui illustrent chacun des 30 chapitres du roman, utiliser ces mots merveilleux d’Edmond Rostand pour l’épilogue de mon pavé de 400 pages. Car, en effet, « Garde-à-vous ! » est plus qu’un roman : c’est un témoignage… et son écriture fut aussi une thérapie.

papa

 

Cette histoire est celle d’Alain Rivière, un enfant. C'est celle d'une séparation hâtive, précoce, c'est-à-dire une déchirure, une de ces plaies trop vives qui ne cicatrisent jamais et qui vous font crier à l’injustice, à la bêtise et même à la révolte à chaque moment de votre vie

Début des années 60. Pensionnaire à 12 ans, revêtu d’un uniforme, Rivière vient d’entrer dans un univers complètement surréaliste. Bien sûr il est nourri, logé, chauffé.  Bien sûr il est instruit, et même gratuitement. Bien sûr il ne subit pas de maltraitance, tout juste quelques humiliations… Il ne revoit sa famille que 3 fois par an.

Dans un pensionnat dépourvu d’affect, que ce soit par les professeurs, fonctionnaires stupides aux horaires réglés sur la sonnerie des couloirs, ou par l’encadrement d’officiers et de sous-officiers encore imprégnés par l’Occupation, l’Indochine ou l’Algérie, ou enfin par sa famille devenue inexistante, Rivière va chercher à combler la vacuité de son existence et tenter de trouver sa voie. Quant-à la maman qu’il idéalise, elle n’existe que dans ses pensées : il ne la voit presque jamais!

Car il lui faut aussi échapper à une autre violence, plus sournoise, plus insidieuse, plus cruelle, celle infligée par ses propres camarades qu’il est obligé de côtoyer du matin au soir : violence verbale, railleries et brimades,  violence physique, bagarres et autre règlements de comptes. Cette violence concerne d’autres élèves. Impuissant, il assiste à toutes ces vexations qui le blessent comme s’il en était la victime.

Pour échapper à cet environnement hostile, Alain Rivière va se réfugier dans les études, et la lecture, et la musique qu’il adore ; elles le rapprochent de la vie externe, de la "vraie" vie, celle qui existe au-delà des hauts murs... Il va aussi entamer une projection sur l’amitié, ce lien indéfectible avec un camarade, Jacques Sourel. Avec lui, Rivière partagera les meilleurs moments, les secrets d’adolescent, les audaces les plus folles, les confidences. 

Pourtant, en final, la lâcheté d’Alain Rivière n’aura d’égale que la puissance de son amitié pour Jacques Sourel… 8 ans vont passer, interminables, comme un tunnel sans fin, comblés d'anecdotes et d'aventures... Destins croisés, destins tragiques !

Aimer, c’est donner… De cette jeunesse volée, sabotée, sans amour, Rivière ne retiendra qu’un immense vide car il n’a rien reçu.